En réponse aux différents articles parus sur le web :
Libération : le direct 22/11/2016 8:35
Les Inrocks : Damien Saez signe une lettre ultra gênante contre cette 'vieille salope de société' 18/11/2016
Igeneration : Damien Saez s'en prend violemment à Amazon 18/11/2016
Zikeo.net : Toute la vérité sur la grosse colère de Saez 18/11/2016

Quand un artiste défend son œuvre, il passe pour un fou, un dérangeant, un en-dehors-du-droit-chemin. La réalité est que c'est la liberté de créer qui est en danger : lorsque les œuvres d'art sont découpées en échantillons de produit, oui l'artiste a le droit de s'insurger. Peut-on sincèrement considérer qu'une production artistique, intellectuelle voire artisanale soit un produit ? J'y vois plutôt un trésor offert, un acte humble qui unit les hommes. Damien Saez défend simplement la liberté qu'il a de créer sans devenir un produit commercial. La revendication est légitime : qui voudrait se voir réduit à l'état de code-barre ? En créant l'artiste fait don de lui-même. L’œuvre d'art donne de l'humain à l'humain, qu'on l'aime, qu'on la déteste, qu'on en reste indifférent et même que quelques arrogants ou intrigants se permettent de la juger, la création est un chemin où les âmes se croisent. Lorsque deux êtres apprécient le même art, c'est le premier pas vers la rencontre. L'art nous parle au plus profond de nous-même, fait vibrer nos émotions les plus enfouies, voilà un don à l'humanité qu'il convient de préserver. Oui, on peut imaginer que les artistes auteurs-compositeurs-interprètes sont un produit comme les autres qui doit s'inscrire dans son siècle numérique, mais comme nous le savons tous les machines remplacent les hommes, alors c'est sûrement le destin de la création musicale aussi. Nos très chers GAFA (Google Apple Facebook Amazon) se chargeront à coup d'Intelligence Artificielle mâtinée de Big Data de créer des morceaux de musique médiocres censés plaire au plus grand nombre. Des mélodies où ne pointeront aucune étincelle, aucun émerveillement, aucune faille, tous ces petits grains infimes mais grandioses qui font que nous vibrons, que nous aimons, que nous nous sentons vivants. La musique créée par ordinateur existe déjà et de nombreux usurpateurs se prétendent artistes à coup de musique préfabriquée, Damien Saez, lui, compose pour un orchestre philharmonique (celui de Radio France en l'occurrence) par lequel il se fait accompagner. Dans peu de temps, les compositions musicales numériques seront portées aux nues à grand renfort de campagnes publicitaires sur les réseaux asociaux, et les artistes compositeurs disparaîtront dans la masse, seront bâillonnés. Vous comprenez, ils ont des états d'âme que n'ont jamais les ordinateurs, et en plus il faut leur donner de quoi survivre financièrement. Voilà la première étape franchie de l'auteur-compositeur-interprète il ne reste plus que l'auteur-interprète, le compositeur à disparu remplacé par l'IA qui sait ce que vous aimez, ce que vous allez aimer, ce que vous devez aimer. Puis, on décidera que les auteurs mettent à mal la bien-pensance organisée, comme Socrate fut accusé de pervertir la jeunesse, alors on choisira de publier des textes créés par des IA qui seront insipides, formatés et convenus. Certes nos chers artistes ne seront pas condamnés à boire la ciguë, mais ils ne pourront plus s'exprimer noyés sous la marée Internet. Damien Saez, lui, choisit de créer un manifeste : quelle ambition, c'est qu'il a des choses à dire ! Certains, en oubliant ou en en feignant d'ignorer qu'il s'inscrit dans un acte de création artistique à part entière, ne retiendront que ses colères dont la véhémence n'est que la réponse à la violence qu'il subit en étant dépossédé de ses œuvres. Nous voilà à la deuxième étape, il faut supprimer l'auteur, cet étrange être qui veut exister, qui met des mots sur les maux de la société. Si on réfléchit : mieux vaut laisser croire que le monde est merveilleux, que, grâce à l'avènement de l'Internet, l'humanité entre dans une phase d'évolution sans précédent, mais c'est oublier que sur notre planète (qui n'est d'ailleurs plus qu'un village) des gens sont victimes de combats dans lesquels ils ne s'inscrivent pas, c'est oublier que des enfants meurent de faim ou sont victimes de maltraitance, c'est oublier que vivre avec le SMIC est une galéjade. Les combats idéologiques nobles sont mis au placard pour faire entrer dans la lumière la vacuité des réseaux sociaux (qu'elle est belle ta pizza), la violence organisée par quelques mal-pensants ou mal-élevés pour harceler des adolescents qui n'ont pas la bonne marque de basket. C'est sûr que si on appuie là où ça fait mal, on a du mal à être entendu et surtout on n'a pas le droit de cité. Alors pour continuer à faire croire à tout le monde "que tout va bien dans le meilleur des mondes", il faut éviter que des trouble-fête mettent un grain de sable dans le bel engrenage et disent à voix haute que le monde que nous vivons n'a jamais été aussi inégalitaire entre ceux qui n'ont pas d'argent du tout, ceux qui survivent avec un salaire de misère et ceux qui croulent sous les millions voire les milliards. Hier, on (Forbes) nous annonçait que Taylor Swift a gagné 170 Millions de dollars au cours de l'année, - ce n'est jamais que la vie de 170 smicards !!! -, et tout le monde trouve ça merveilleux pour elle, et bien, moi, je me demande comment elle peut dormir tranquille en étant à la tête d'une telle fortune et en "regardant des gosses crever de faim". Il faut faire taire les politiquement incorrects, ceux qui ne veulent pas se laisser embringuer par la culture du vide et de la médiocrité, il faut continuer à faire croire que l'homme est la plus belle espèce de la création, et cacher au plus grand nombre les travers d'une civilisation à l'aube de sa perte. Joël de Rosnay croit en une intelligence collective, où les réseaux permettent aux intelligences de collaborer, plutôt qu'à une intelligence dirigée par des machines. Je pense que sa vision est beaucoup plus constructive et positive, mais malheureusement la vision de la Silicon Valley est plus obscurantiste et nous propose un monde où les machines réfléchiront à notre place en oubliant le facteur essentiel : l'humain. On croirait revenir au Moyen-Age, époque où seule l'Église dictait ce qui pouvait être dit, lu, vu ou entendu, aujourd'hui ce sont les géants de l'Internet qui font les prophètes, alors si quelqu'un ose aller à l'encontre de cela qu'on le fasse taire. C'est donc tout naturellement que l'on fera taire les auteurs de tous bords, qui, ô calamité, dévoilent les hontes et orgueils de nos sociétés. L'auteur-compositeur-interprète n'est plus qu'un interprète d'un texte convenu sur une musique médiocre, mais qui à coup sûr plaira au plus grand nombre, c'est statistique. Voilà on y est presque, l’œuvre musicale n'est plus qu'un produit créé par ordinateur, reste encore le problème de l'incarnation de l’œuvre, puisque pour gagner de l'argent avec des spectacles, il faut bien quelqu'un pour faire vivre tout cela. Dans un premier temps, on choisira sûrement des personnes irréelles mais qui "font bien, qui présentent bien", sponsorisées par une quelconque marque de boisson ou smartphone, et puis assez vite on se dira qu'il est inutile d'investir dans une ressource périssable et on nous servira des hologrammes en guise de chanteur. Voilà l'affaire est faite, la création est devenue un objet à part entière, mais peut-on encore parler de création artistique ? Je vois plutôt un objet de pseudo-culture qui sera monnayable et surtout très rentable pour des gens qui ne créent rien, qui n'ont aucune idée de ce qu'est l'humanité et dont le cœur bat à coups de cotations boursières. Aujourd'hui, je crois que nous sommes arrivés à un état d'urgence où il faut remettre de l'humain dans notre civilisation, au risque de finir comme des objets gérés par des ordinateurs. Il faut défendre la création artistique comme un bien précieux de l'humanité. Défendre la liberté de créer c'est comme défendre la liberté d'expression, seuls ceux qui n'ont rien à dire pensent que ce n'est pas important. Damien Saez ne veut pas être un produit et c'est son droit le plus légitime, il défend son œuvre parce que, lui, il crée, et même si des journalistes, des bien-pensants trouvent que : "Damien Saez a pété une pile", moi je le vois comme un combattant qui défend l'humanité face à l'argent tout puissant.

Ecouter le texte qu'il a écrit pour exprimer sa colère

Le site des dignes

Cécile Villemin, le 1er décembre 2016

Autres articles sur l'artiste, un peu plus laudatifs
Aleteia : Le chanteur Damien Saez, digne héritier de la poésie française ? 8/11/2016
Zikeo.net : Saez : un artiste à nouveau très engagé ! 09/11/2016
Blastingnews : Damien Saez : son hommage poignant aux victimes du Bataclan 13/11/2016
Le figaro culture : Damien Saez dévoile deux titres en hommage aux victimes des attentats de Paris 10/11/2016
PureBreak Charts : "Le manifeste" : Saez s'engage avec un projet ambitieux qui durera un an 22/06/2016
sen360.fr : Damien Saez dévoile deux titres en hommage aux victimes des attentats de Paris. nov 2016
Numerama : Damien Saez revient par une révolution mystérieuse et crowdfundée 24/06/2016